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David Evans

David Evans, our bluesman uncle

 

« Le seul trait permanent de mes expériences sur le terrain était la surprise que les gens exprimaient fréquemment de mon intérêt pour un tel sujet [folk blues], généralement suivie par l’expression de plaisir et d’approbation.

David Evans

Mon sincère enthousiasme pour cette musique, que beaucoup d’autres considèrent datée, fut également un facteur positif. Enfin, ma propre capacité à jouer certains blues issus de traditions familières aida à établir les relations et fut d’une immense utilité dans la compréhension de cette musique que ce soit pendant qu’elle était jouée ou pour son analyse par la suite. La plus grande part de cette capacité fut, en fait, reçue des musiciens de blues eux-mêmes au fil de mon étude de leurs techniques d’interprétation et de composition. J’étais l’étudiant, et eux, peut-être sans le savoir, étaient les enseignants. Je considère cette expérience comme comparable à l’apprentissage d’une langue sur le terrain. Ce fut pour moi un important moyen de communication. Je dois ajouter, cependant, que je jouais presque uniquement quand on me le demandait. Je jouais rarement avec d’autres instrumentistes et chanteurs, et jamais sur mes enregistrements, excepté en de très rares occasions où d’autres musiciens ont insisté pour que je les accompagne. J’ai essayé d’éviter autant que possible de telles situations. J’ai été incapable de mettre en évidence une occasion où ma propre interprétation aurait pu influencer celles de mes informateurs, à part comme une stimulation générale à se remémorer et jouer le vieux répertoire. »

David Evans, exposant dans l’introduction de son « Big Road Blues » sa méthodologie d’enquête auprès des bluesmen ruraux du Delta, avec une rigueur, un enthousiasme, et un effacement presque candide de sa personne derrière ce qui compte, la musique, aussi caractéristiques de son jeu que de ses travaux de recherche universitaires.

Evans, qui fête ses cinquante ans de scène cette année, était pourtant déjà un guitariste chevronné lors de ces longues années d’enquêtes, débutées en 1964 auprès de Son House et poursuivies par de longs séjours annuels dans le Mississippi jusqu’à ce que sa nomination à la chaire de musicologie du blues de l’université de Memphis en 1978 lui permette de s’immerger quasi-quotidiennement dans le monde des juke-joints et des backporch verandas. Dès 1962, il tournait en duo avec le légendaire harmoniciste Alan Wilson, et c’est ensemble qu’ils rencontrèrent Son House – mais leurs vocations profondes divergeaient, et le duo se sépara finalement vers 1966 : Wilson, attiré par les feux de la rampe, fonda Canned Heat avec Bob Hite et se brûla les ailes, mourant dès 1970 après une carrière météorique. Evans, lui, se plongea dans l’obscurité académique et devint l’éternel étudiant, compagnon et défenseur des bluesmen du Sud Profond. Aujourd’hui, Evans semble presque embarrassé quand il commente les quelques pistes exhumées de l’époque qu’il s’est laissé tenter à joindre à son CD Needy Time d’un « Nous n’étions pas si mauvais après tout. »

David Evans

Obscur ne veut pas dire inactif. Même si vous n’avez jamais entendu parler d’Evans, il y a de bonnes chances que vous l’ayez entendu, tenant la guitare derrière Jessie Mae Hemphill, qui lui doit toute sa brève carrière, ou Hammie Nixon et bien d’autres célébrités du Memphis d’entre-deux-guerres, qui lui doivent de ne pas avoir finit les leurs dans l’oubli et la misère. Vous avez presque certainement entendu quelques-uns de sa multitude d’enregistrements marquants, édités avec une exigence caractéristique, que ce soit sur Testament, Rooster, son propre label universitaire des années 80 High Water, et bien d’autres. Quant aux bluesmen dont vous n’auriez presque certainement jamais entendu parler sans lui, de Jack Owens, inconnu hors de son village de Bentonia lorsqu’il l’y dénicha, et dont il fit une des dernières légendes du blues rural, à R.L. Burnside, dont il maintint à bout de bras la carrière à flot au creux des années 80. A vrai dire, je suis convaincu que nous lui devons le blues revival des années 90 – tous les films et disques de downhome blues enregistrés dans la région de la fin des années 70 au début des 90, de la massive anthologie Living Country Blues chez L&R au film Deep Blues de Mugge, qui lança ce revival, furent réalisés selon la même méthode : en allant demander à Evans les adresses de musiciens.

Notons aussi qu’au département de musique de l’université de Memphis, Evans fut l’influent maître, et reconnu comme tel, d’un bon nombre des ténors du garage de Memphis… aussi éberlué qu’il ait pu l’être de ce que ses disciples firent ensuite de son enseignement…

Ce n’est qu’en 1994, au bout d’une trentaine d’années de pratique, d’étude et de scène consacrées à tourner les projecteurs vers ceux qui, à ses yeux, les méritaient davantage, que Evans se laissa persuader de joindre deux de ses morceaux à l’une de ses superbes anthologies, chez le minuscule Hot Fox Records (qui comprend d’ailleurs les premiers enregistrement du superbe Robert Belfour). Heureusement, il y en a eu d’autres depuis, et il tourne en France ce mois de novembre.

« Uncle » David Evans n’est plus tout jeune. Si la pétillance de son regard, la fermeté de sa voix, la souplesse de ses doigtés nous laissent encore espérer au moins une vingtaine d’années en sa compagnie, il m’est difficile de ne pas me souvenir qu’à son départ, c’est une discothèque qui brûlera. Ne laissez pas passer votre chance de l’entendre.

Article de Ratel, Raw Blues Paris

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